saka

saka

dimanche 10 mai 2009

"c'est bizarre l'écriture"

C'est le titre d'un livre de Christiane Rochefort, que j' aime particulièrement, en premier lieu parce qu' il est passionnant, généreux, honnête et qu' il a pour thème une des passions de ma vie, en second lieu parce que c' est grâce à ce livre que j'ai rencontré Christiane, à un salon du livre à La Garde et que j' ai osé aller lui en parler, premier dialogue entre nous suivi de nombreux autres et d'une amitié indéfectible. Nous avons tant parlé, ri, ensemble, nous avons partagé tant de choses, de bonheurs de lecture, de musique, de moments de grâce, échangé de réflexions sur la vie en général, nos vies, la sienne, la mienne, sur la littérature, l'écriture, elle m' a tant aidée, tant aimée ( c'est la seule personne au monde qui m' ait aimée pour ce que j'étais, en tant qu' individu singulier) , tant donné, tant engueulée parce qu' elle ne supportait pas ma dévolarisation permanente (et involontaire) et après, elle s' excusait en me disant : "Tu comprends, c' est pour ton bien". Elle m' a fait comprendre que les  nombreux refus des éditeurs n'étaient pas dûs à un manque total de talent mais à mon absence de relations avec ce monde-là : " Tu vois, il faudrait que tu te montres dans des dîners, dans des cocktails " . C'est aussi la seule personne au monde qui m' ait reçue avec son sourire magnifique et ces mots : "Te voilà, quel bonheur !". Mots qu' elle m'a adressés pour la dernière fois le 23 avril 1998, la veille de sa mort. Elle m' a laissée terriblement orpheline et, dans mes moments d' optimisme, terriblement heureuse de l' avoir rencontrée, d' avoir connu une telle amitié avec quelqu' un d'exceptionnel. Elle reste pour moi un des plus grands écrivains du xxème siècle, exigeante envers elle-même, travailleuse infatigable des mots et du langage, d' un humour, d'une intelligence,d' une indépendance d' esprit,  d'une intuition et d'une acuité de vue sur le monde dans lequel elle vivait qui allait jusqu'à la prémonition (lire  "Une rose pour Morrisson" qui, deux ans avant, décrivait le mouvement de Mai 68 ) et d' une profondeur, rares et exemplaires. Un jour, j' en suis certaine, elle sortira du purgatoire dans lequel elle est encore actuellement et son oeuvre apparaîtra à nouveau pour ce qu' elle est : unique. Sa présence me manquera à jamais. Irremplaçable, inoubliable.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire