saka

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mardi 16 avril 2013

la pire des censures

C'est celle que l'on s'inflige. Si, au moins, on pouvait en identifier la raison... Je souffre de ne pas écrire mais, quand il me vient des idées, des sortes de "fulgurances", je ne prends même plus la peine de les noter, saisie par une sorte d'  "aquoibonisme" -je sais, c'est un affreux néologisme mais, au point où j'en suis...-, bref un tas de bonnes raisons (indéfendables bien sûr et, nonobstant, exécrables). Cependant, j'ai réussi à en trouver une qui, peut-être, tient la route, en lisant le livre de Joyce Carol Oates, écrivain(e) que j'aime beaucoup : "J'ai réussi à rester en vie", où elle raconte la perte brutale de son mari et l'horreur de ce veuvage inattendu. J'ai acheté ce livre en me disant que je n'étais pas concernée, Dieu merci, mais sur l'injonction, soudain, d'une phrase d'un de mes romans qui m'est revenue à l'esprit : "je suis veuve de père" qui était une allusion au terme de "veuve de guerre", en soi assez étrange dans son raccourci sémantique (veuve, à cause de la guerre qui a emporté un époux aimé, ou pas, ou peu, laissons à chacune son histoire singulière). Ce qui m'a attirée et entraînée dans ce récit, outre mon intérêt pour son auteur, c'est qu'il était question d'un deuil et, qu'en le lisant, j'ai retrouvé nombre de sentiments, de "choses vécues", pour reprendre un titre de Victor Hugo que j'ai tant aimé, que j'ai ressenties et ressens encore, depuis la mort de ma mère. Je me suis découverte, ô ironie, "veuve de mère" et, en particulier, en ce qui concerne l'écriture et mon incapacité à y revenir, alors que je sais que c'est ce qui me définit et donne sens à ma vie.
Passons sur le sentiment de culpabilité : je n'en ai pas fait assez, je n'ai pas été assez présente etc. etc., qui doit être le lot commun de nombre d'endeuillés, pour citer seulement un paragraphe de ce récit, qui a trait à l'écriture bien sûr : " Ce qui est étrange et déstabilisant dans ma vie actuelle, ce dont je ne peux parler à personne -ne serait-ce que parce que cela paraîtrait parfaitement insignifiant- c'est que je suis submergée d'idées de nouvelles, de poèmes, de romans -de romans entiers!-qui, l'espace d'un éclair me traversent l'esprit, à la façon de ces images hallucinatoires qui nous viennent quand nous sombrons dans le sommeil; des idées qui apparaissent, s'épanouissent et disparaissent en quelques secondes, quasiment chaque fois que je ferme les yeux. Et je suis certaine que -si j'en avais le temps- si j'avais le temps, l'énergie, la force, l' "inspiration"- je pourrais leur donner une suite, comme je l'ai fait si souvent par le passé."
Loin de me comparer à Joyce Carol Oates, immense écrivain, je reprends cependant à mon compte cet extrait de ce très beau livre, avec un bémol : maintenant, j'ai "le temps", même s'il est vrai que toutes les démarches, paperasseries et autres tracas administratifs qui suivent la perte d'un être aimé vous plongent dans un état second ; une fois tout cela terminé -pour moi, cela va faire trois ans-, il manque encore "l'énergie et la force". A cela, j'ajouterai que la culpabilisation ayant été la base de mon éducation et de mon "élevage", s'en affranchir est un défi supplémentaire et met la barre très, très haut !

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