saka

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samedi 22 mai 2021

Revenir à l'écriture

Est passé le 15 mai 2021 : 6 ans depuis la disparition,  la fin, le manque toujours présents.

Six années de solitude, d'égarement, de navigation à vue, après un espoir de reconstruction, de retour à l'équilibre, si précaire fût-il, avec pratique de yoga, de méditation en groupe. Très important , le groupe, parce qu'il permet une vie sociale à nouveau, différente certes, tout autre, mais frémissement de vie quand même. Et puis, la rupture, la chute vertigineuse de l'épidémie, du (des) confinement(s) destructeur(s). Je suis revenue à la case départ et depuis je piétine, je fais du sur place. J'étais -un peu- revenue à l'écriture avec la "Lettre à la marâtre"commencée avant la survenue de la maladie  et du deuil de l'homme de ma vie. Publiée par un ami créateur d'une structure éditoriale fort intéressante : "modernités latines"(moderniteslatines@orange.fr), juste avant le premier confinement, en fait sur Amazon. Amazon vouée aux gémonies, sans doute à plus ou moins juste titre, par les librairies fermées comme "non essentielles" par un gouvernement tout autant égaré que moi, et peut-être même encore plus dans une gestion calamiteuse de cette crise sanitaire. Nous avions envisagé une promotion de ce modeste ouvrage où, pour une fois j'abandonnais la fiction afin de me libérer d'une blessure inguérissable et puis tout est tombé à l'eau, la marâtre m'a tuée une seconde fois, et avec moi toutes les victimes de marâtres pour lesquelles j'avais aussi écrit ce texte. 

Alors, aujourd'hui, dans une sorte de dernier sursaut, l'énergie du désespoir, j'ai décidé de livrer des extraits de ce texte dans ce blog sans doute abandonné par les quelques lecteurs qui m'avaient fait l'honneur de s'y intéresser mais tant pis... J'ai l'impression que je pourrais éventuellement me libérer de ce vécu si douloureux et passer à autre chose, revenir à la fiction -ou pas- mais retrouver l'écriture qui, comme la lecture, m'a permis de survivre. Je commence par la quatrième de couverture :

" Il est à la mode d'écrire sur son père, sa mère, leur mort, la maladie qui la précède éventuellement.Ecrire les derniers mois, les derniers jours et conclure par un pardon pour solde de tout compte.

En ce qui me concerne, le pardon me semble impossible tant que je ne pourrai cesser de lécher mes plaies d'une langue répétitive et appliquée, comme le chien auquel mon père nous a comparés, mon frère et moi. Sans doute vaut-il mieux les gratter furieusement, les ouvrir jusqu'à l'os pour laisser s'échapper leurs humeurs putrides, et alors, seulement, espérer leur assèchement, leur devenir en cicatricesenfin non douloureuse, pouvoir laisser la souffrance sortir de soi, l'évacuer, cesser les tentatives de l'étouffer sous les petits coups de langue de la fiction ainsi que je l'ai fait jusqu'à présent.

Ne plus être une momie enserrée dans les bandelettes mortifères mais vivre, libre.

Et écrire. "

vendredi 22 mars 2019

une citation...

Voilà, je viens de la lire dans mon hebdo préféré, elle est extraite d'un documentaire sur Roger Grenier, que je ne peux pas voir, hélas!, n'ayant pas l'abonnement nécessaire.
"Il faut bien finir par redescendre du paradis littéraire pour retrouver le quotidien, où la vérité n'est pas plus vraie que dans les livres, seulement plus difficile à supporter."
C'est ce que je me dis depuis que je lis et écris, et encore plus depuis que je n'écris plus, et n'ai de paradis littéraires que ceux créés par d'autres, mais qui m'apportent, malgré tout, l'énergie de survivre.  

jeudi 24 janvier 2019

lecture du roman "Les vies de papier"

L'auteur  est Rabih Alameddine, peintre et romancier. L'héroïne, libanaise de Beyrouth, nommée par son père Aaliya, ce qui se traduit par l'élevée, celle au-dessus, y raconte sa vie de lectrice insatiable et de traductrice, ainsi, bien sûr, que sa vie réelle, beaucoup moins passionnante de son point de vue. Le regard est critique, plein d'humour, sur son milieu, sa ville, tellement abîmée par la guerre mais l'essentiel est sa passion pour la littérature, passion à laquelle je m'identifie complètement. Je ne peux m'empêcher d'en citer quelques extraits, tellement savoureux, tellement jubilatoires pour qui partage cette passion : "Je me suis depuis bien longtemps abandonnée au plaisir aveugle de l'écrit. La littérature est mon bac à sable. J'y joue, j'y construis mes forts et mes châteaux, j'y passe un temps merveilleux. C'est le monde à l'extérieur de mon bac à sable qui me pose problème. Je me suis adaptée avec docilité, quoique de manière non conventionnelle, au monde visible, afin de pouvoir me retirer sans grands désagréments, dans mon monde intérieur de livres."
Et, plus loin : "Je me suis glissée dans l'art pour échapper à la vie. Je me suis enfuie en littérature."
Qu'ajouter de plus ? 

mercredi 23 janvier 2019

un frémissement de vie ?

Et peut-être un désir de revenir à l'écriture ? La lecture ne m'a jamais quittée, elle m'a permis de tenir la tête hors de l'eau, de ne pas me laisser submerger par la douleur de la perte, de l'absence, du manque. Ils sont toujours là, ils le seront toujours, je le sais, mais si vivre dans les univers différents où m'emportent les livres est un grand bonheur, je sens aussi le manque de ne pas créer moi-même des univers singuliers, les miens, des personnages,  des histoires qui, même s'ils sont souvent inspirés de ma propre histoire, m'emmènent ailleurs. D'abord, par ce travail si minutieux, sur la langue, les mots, afin de trouver ceux qui sont au plus près de ma pensée, qui m'a toujours apporté un sentiment de plénitude. C'est curieux, cet amour des mots, de la précision, ce souci de restituer la vérité des sentiments, des sensations, que je peux partager avec d'autres humains, parce que, finalement, nous vivons tous les mêmes choses et nous l'ignorons, enfermés dans notre ego et donc notre solitude. Qui est universelle, unique et, paradoxalement, identique.



vendredi 6 avril 2018

Adieu au poète, musicien, chanteur, Jacques Higelin

Tristesse depuis que j'ai appris sa mort en fin de matinée. Higelin n'est pas mort, non, non, non. Ce soir, ou plutôt cette nuit j'écoute "Amor Doloroso", et c'est vraiment doloroso, j'ai bu une coupe de champagne, à sa mémoire, et en souvenir de cette chanson extraordinaire "Champagne !", sur laquelle j'ai tant dansé, chanté ! J'ai un magnifique souvenir d'Higelin, venu nous soutenir à Toulon quand le Front National avait gagné la ville -avec un taux minable d'électeurs-, mais le mal était fait, le mal était là.
Il y avait eu une immense manifestation d'opposants à cette idéologie mortifère, puis une opposition critique permanente pendant les années de leur gouvernance lamentable, bref, ils se sont sabordés. Et tant mieux.
Ce jour-là, de cette manifestation,  à laquelle Jacques Higelin était venu apporter son soutien, sa solidarité, nous étions avenue de la République, en face de la mairie d'où nous narguait la femme du maire, une coupe de champagne à la main et je pleurais (au fait, il y avait un mec qui prenait des photos, dont je soupçonne que c'était pour le nouveau pouvoir, j'ai dû être sur un fichier d'opposants, forcément "gauchistes", selon le vocabulaire de cette obédience idéologique qui confond gauchisme et défense de la démocratie).
Je pleurais donc, et Jacques Higelin m'a prise dans ses bras, m'a consolée, avec une tendresse et une bienveillance incroyables, j'ai ressenti une chaleur et une humanité qui m'ont fait tellement de bien.
Il me semble que c'était pour Noël 2013, mon fils cadet, alors journaliste à LCI, m'avait acheté le dernier album d'Higelin, l'avait reçu dans la matinale et, le raccompagnant, lui avait raconté cette anecdote. Et, aussitôt, Jacques Higelin, sur une feuille de papier, a écrit cette dédicace :
"Pour Sylvette, salut fraternel, dans mes bras pour la seconde fois, l'amour vous protège "
Merveilleux message, d'un homme, non seulement d'un immense talent mais d'une grande humanité. 

jeudi 5 avril 2018

Complément à "Complément d'enquête" du 5 avril 2018...

Cela fait un moment que je bous d'impatience, d'énervement, de colère, bref de tout qualificatif désignant une victime d'injustice - moi, surnommée Don Quichotte au lycée pour ma propension à me révolter contre tout traitement que j'estimais injuste envers mes camarades, ce qui m'a valu nombre de convocations devant la directrice de l'établissement, mais passons...) Depuis la mort de Johnny Hallyday -dont je n'ai jamais été une fan-, je m'attendais à ce qu'il est en train de se passer, la querelle de l'héritage entre enfants d'un premier -et même d'un deuxième- lit et veuve éplorée mais déterminée à ne rien lâcher. J'ai connu ça, et cela reste une blessure à vif, et je peux donc affirmer que, non, la loi ne protège pas les enfants d'un premier lit, et que, oui, un père peut déshériter ses enfants -du moins, une partie de ceux-là, à savoir justement ceux du premier lit- sans que cela ne trouble aucunement la Justice même sollicitée, ne répondant à cette sollicitation que par une indifférence totale. J'ai écrit un texte dont le titre est "Lettre ouverte aux marâtres et à la Justice qui les protège" dans lequel je raconte cette douloureuse expérience. Il se trouve qu'au moment où je l'estimais assez abouti pour le proposer à un éditeur j'ai eu une mission beaucoup plus urgente à accomplir. Ensuite,j'ai pensé que, après la terrible épreuve que j'ai traversée, cette partie de ma vie n'avait plus beaucoup d'importance et , ô surprise, voilà que l'affaire Halliday réveille cette douleur non résolue et non reconnue par la fameuse Justice de mon pays, en laquelle, je l'avoue, je n'ai plus aucune confiance. Entendons-nous bien, ce n'est pas tant une affaire d'argent que de "reconnaissance": mon père a renié ses trois enfants légitimes, au profit des deux illégitimes -qu'il a reconnus- pour une, ou des raison(s)que je n'ai jamais comprises. En gros, il a jeté son épouse et dans la foulée, ses enfants, avec l'eau du bain. Quant à la maîtresse, manipulatrice hors pair, elle a été aidée par la démence sénile des dernières années de mon père. Le début de ce texte évoqué plus haut commence ainsi : "Tout l'argent a été pour toi, toujours, tout l'argent", qui sont les paroles même de mon père, lors de ma dernière visite auprès de lui, adressées à sa compagne. Ses dernières paroles sensées. Ensuite il est retombé dans le silence. Il est mort deux mois après. Il avait été un professeur d'université, à la Faculté de Médecine, titulaire de la chaire de carcinologie (avant que cela devienne l'oncologie, terme tellement moins effrayant) chef de service au C.H.U., expert mondial auprès de l'O.M.S. Bref, un "pauvre" homme. Ni ma soeur, ni moi, ni mes neveux (mon frère étant mort à 42 ans) n'avons eu aucun souvenir de lui, pas même un livre, un objet, rien. Nous avons été niés jusqu'au bout, légitimes certes, mais rejetés.

mercredi 10 janvier 2018

insomnie

Depuis combien de temps n'ai-je rien écrit sur ce blog ni nulle part ailleurs ? Ecriture interdite, écriture qui se refuse à moi, alors que je ne vis plus que dans la réalité terrible d'une absence, d'un manque que rien ne peut, ne pourra combler. Je vis par habitude, mécaniquement, avec la sensation que l'imaginaire est mort aussi. Je n'ai plus que la lecture. Bon, je ne vais pas me plaindre, c'est énorme d'avoir gardé au moins cela intact, ce goût, ce désir de lire, cette nécessité de partir dans l'imaginaire des autres puisque le mien ne m'est plus accessible. S'il existe encore. Et dans ce cas, il est bien caché.
Un livre, en ce moment, me touche énormément, je l'ai acheté en octobre 2017, commencé à le lire puis je me suis arrêtée parce que ce qu'il disait m'était insupportable, trop proche de moi, de mon existence intérieure, l'extérieure ressemblant plutôt à une non-existence. Ce n'est pas une fiction mais le journal "de deuil", bien que je déteste ce mot, de Jean-François Billeter : "Une autre Aurélia", publié par les éditions Allia. Ce n'est pas une fiction, mais le récit de la mort de sa femme chinoise, Wen et de ce qu'il vit, ressent, pendant les mois qui suivent sa disparition. Je l'ai repris récemment, et il me fait du bien parce que, d'une part, j'ai enfin l'impression que quelqu'un me comprend, a ressenti, ressent les mêmes choses que moi, et d'autre part m'indique, par petites touches, une voie possible vers autre chose, une acceptation peut-être : "Wen, sorte de basse continue, égale et douce. Quelle chance d'avoir eu cette compagne dans ma vie. J'ai été heureux avec elle, il faut que je le sois sans elle. Je lui dois cela." Ou bien encore : " Deuil, mot affreux. Affreuse aussi la loi du silence qu'observent les autres, qui me parlent de tout sauf d'elle. Craignent-ils de me causer de la peine ? Ou ont-ils peur, au fond d'eux-mêmes ?" Et cela, tellement vrai :  "Heureusement que je suis mortel : cette nostalgie ne durera pas toujours." C'est même, actuellement, la seule chose qui me rend l'espoir.
Ce livre parle pour moi, j'ai souvent eu envie, depuis deux ans, de dire tout cela, sans avoir réussi à en trouver le courage, encore une citation, en forme d'interrogation : "M'en sortirai-je par le récit ? Sera-ce le moyen de recréer un tout, après la perte ?"
Oui, la question est bien là, est-il possible de recréer un tout, quand on est amputé d'une partie de soi-même ?

vendredi 29 janvier 2016

Krijstina Baldursdottir (??)

Euh, je ne suis pas sûre de l'orthographe du nom de cette auteur(e) islandaise, deux livres magnifiques (oh, que les adjectifs sont décevants, toujours insuffisants à rendre compte de l'émerveillement  qui me (vous ?) saisit ). Le premier tome "L'esquisse d'un rêve" m'a fait me ruer, avant même de l'avoir fini, sur le second : "L'art de la vie" afin de ne pas être en manque. Le parcours  -difficile- d'une femme s'étendant quasiment sur un siècle, une femme artiste, au départ encouragée vers le dessin par son père, pêcheur islandais, qui disparait en mer au début du 20ème siècle, une pauvreté extrême, une mère dotée d'une énergie visionnaire qui embarque toute sa marmaille vers une ville où ses enfants pourront avoir de l'instruction, et espérer ainsi  connaître un sort meilleur que leurs parents. C'est, à la fois, une étude sociologique d'une classe sociale islandaise confrontée à des conditions de vie terribles, et l'histoire de cette famille dont les membres auront des destinées très différentes selon leur personnalité, leurs options de vie, et la trajectoire exceptionnelle de cette femme, Karitas, déchirée entre son désir, et sa nécessité, de créer, son besoin de solitude et la tradition d'abnégation et l'amour qu'elle porte à ses enfants et l'homme de sa vie auquel elle refuse d'être assujettie.
Une oeuvre magistrale, passionnante, dépaysante et familière par son humanité et par sa description de la difficile et exigeante condition d'une femme artiste et néanmoins amoureuse et mère.

vendredi 16 octobre 2015

lectures et survie "bis"

J'ai beaucoup aimé le très beau livre de Jon Kalman Stefansson (désolée, je n'ai pas un clavier me permettant de mettre les accents sur le "o" de Jon et le "a" de Stefansson) dont le titre est "D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds" ( Ed. Gallimard), à l'écriture puissante et poétique, et ce talent si particulier des écrivains islandais qui savent raconter l'inextricable écheveau de la vie et de la mort, la sauvagerie et la douceur de la nature, la grandeur et la petitesse des êtres humains, un livre superbe. Juste une citation, au risque d'être coupable de cuistrerie, une incise "La vie, ce pesant fardeau" : "Souvenez-vous tout comme moi que l'homme doit avoir deux choses s'il veut parvenir à soulever ce poids, à marcher la tête haute, à préserver l'étincelle qui habite son regard, la constance de son coeur, la musique de son sang - des reins solides et des larmes."
Dans un tout autre registre -quoique...?- j'ai été happée par les livres de Corine Sombrun, qui a découvert lors d'un séjour au Pérou, ses dons de chamane, c'est-à-dire, sa capacité à passer de notre monde "réel" à l'autre monde, invisible,  celui des esprits. Cette aventure intérieure, tout à fait passionnante, a pour point de départ la perte d'un être cher, perte qu'elle ne peut accepter et qui la conduit donc d'abord au Pérou pour y suivre l'enseignement d'un chaman ( "Journal d'une apprentie chamane" Ed. Albin Michel, 2002), puis en Mongolie ("Mon initiation chez les chamanes", Albin Michel, 2004), et le retour en France ( "Les tribulations d'une chamane à Paris", Albin Michel 2007). Tous ces ouvrages sont disponibles chez "Pocket", et sont absolument passionnants pour tous ceux qui ne sont pas des rationalistes forcenés, qui pensent (à) et espèrent l'existence et la cohabitation de mondes différents mais parallèles.
Dans le même esprit d'ouverture et de questionnement, le livre de Vinciane Despret, philosophe, "Au bonheur des morts"( Ed. La Découverte, 2015) sous-titré "Récits de ceux qui restent", enquête et réflexion extrêmement documentées sur la présence et l'interaction des vivants et de leurs proches disparus.

jeudi 25 juin 2015

survie et lectures : Rosa Montero, Joyce Carol Oates... et d'autres

Et d'abord, les titres : "L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir" (Rosa Montero), "J'ai réussi à survivre" (Joyce Carol Oates, mais j'ai un léger doute à propos du libellé exact du titre car, dans l'immense foutoir de ma bibliothèque, je ne le retrouve plus, ce n'est sûrement pas un hasard), "Cinq méditations sur la mort -autrement dit sur la vie- " (François Cheng), "Auprès de moi toujours" (Kazuo Ishiguro) - pas encore lu- et en cours de lecture "La chambre aux échos" (Richard Powers). Sans oublier que je viens d'acheter "L' oubli" (Emma Healey, que je ne connais pas) et donc encore à lire, d'où l'importance du titre dans le cadre d'achats compulsifs de livres ce qui est mon cas.
La lecture a été -est- ma planche de salut tout au long de ces mois effrayants de stress et de chagrin, si elle ne console pas elle permet au moins de s'évader vers des mondes imaginaires, ou bien d'exprimer des sentiments, des sensations semblables à ceux que l'on vit et on se sent moins seul. Quant à l'écriture, la mienne, peut-être la retrouverai-je un jour.
De Rosa Montero, j'ai beaucoup aimé "La folle du logis", livre sur l'imagination et les rêves des lecteurs et des écrivains, lecture et écriture participant d'un même mouvement, d'une même passion, échappatoires à la folie propre à l'humain. Dans ce dernier (mais pas ultime, je l'espère) livre de Rosa Montero, parti d'une commande qui lui avait été faite : une préface au journal de Marie Curie après la mort de son mari, elle découvre, outre le parcours de vie de cette femme exceptionnelle, une communauté de pensée et de douleur, elle-même venant de subir la même perte, je la cite :
 " C' est la première chose qui vous frappe dans un deuil : l'incapacité de le penser et de l'admettre. L'idée ne vous tient tout simplement pas dans la tête. Mais comment est-il possible qu'il ne soit pas là? Cette personne qui occupait tant d'espace dans le monde, où est-elle passée ? Le cerveau ne peut pas comprendre qu'elle a disparu pour toujours. Et toujours, c'est quoi, bon sang ? C'est un concept inhumain. Je veux dire que c'est au-delà de notre capacité d'entendement. Mais comment ça, je ne vais plus jamais le revoir ? Ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain, ni dans un an ? C'est une réalité inconcevable que l'esprit rejette : ne plus jamais le revoir est une mauvaise blague, une idée ridicule. "

mercredi 3 juin 2015

les "progrès de la médecine" ? sur le plan humain : un échec lamentable.

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Voici le courrier "expurgé"  adressé aux médecins qui ont "soigné" mon mari, avec l'espoir que cela incitera d'autres patients ou leurs proches à s'élever contre la brutalité et la violence physique et morale, parfois, hélas ! inconscientes à laquelle ils sont confrontés, otages du service hospitalier et de leur propre désarroi. Il est inadmissible que les personnels soignants doivent être "formés", ce qui est le cas certainement dans les Unités de Soins Palliatifs mais pas dans le cadre d'un Service de Médecine au sens général. La formation médicale souffre d'un manque total d'enseignement psychologique sur la fragilité extrême d'un être humain face à une maladie grave à l'issue souvent fatale. Certains disposent naturellement d'une qualité humaine qui leur permet de traiter leur patient, non pas seulement par des actes techniques, mais par une attention et une écoute bienveillantes et rassérénantes, mais il ne s'agit, malheureusement que d'une minorité, ce que je trouve complètement incompréhensible. Comment peut-on prétendre soigner son prochain, sans éprouver la moindre empathie envers l'être humain qui subit une pathologie dont il n'est pas responsable ? Qu'est-ce que c'est que cette médecine dichotomique, où l'on prétend soigner le corps sans prendre en compte l'esprit ? 
Ce que j'ai compris et qui me révolte totalement, c'est que, si le diagnostic ne prévoit aucune chance de survie à court ou moyen terme, le malade, j'ai envie de dire le condamné à mort n'aura droit qu'au service minimum (chimios "palliatives" - traitement de la douleur + ou - efficace), il est l'incarnation même de l'impuissance de la médecine et donc la représentation d'un échec annoncé pour le(s) médecin(s) chargés de le soigner. Donc, ils vont le fuir et/ou lui jeter à la figure qu'ils ne peuvent rien pour lui, souvent  dans les pires circonstances avec une maladresse confondante, ils sont désarmés, mis en face de leur échec et de leur propre fin mais ne peuvent-ils pas faire un effort pour cacher leur désarroi face à un "patient" au sens étymologique du terme :  "celui qui souffre". Ils auront toujours de "bonnes" raisons à leur lâcheté : pas le temps, nécessité de se protéger etc. Si on ne peut pas assumer la réalité de l'humanité de l'autre, du semblable à soi, on ne peut pas prétendre le soigner.

lettre  aux (in)soignants




à Mr. le Professeur....
au Dr. R...

                                                                                                            T. le 29/05/2015

Madame, Monsieur,

Il semblerait que vous n’êtes pas informés du décès de mon époux : Mr. le Pr. Y. R. ou plutôt pour vous : Monsieur R., chambre..., ..., ..., 21,23 etc. etc. en 7 mois, il en a vu des chambres, des infirmières, infirmiers, aide-soignant(e)s, des sympathiques, des compatissants, des maltraitants dont une certaine infirmière de nuit qui le terrorisait  au point qu’il vous en a parlé, Mr. ... fallait-il qu’il soit traumatisé, lui qui ne se plaignait jamais… J’espère que, par égard pour d’autres patients, cette personne aura été re-cadrée parce que, bien sûr, les familles n’osent pas se plaindre de crainte de représailles sur leur malade : c’est terrible la façon dont, à l’hôpital, le patient et sa famille sont pris en otages, deviennent anonymes, dépourvus de leur dignité, de leur qualité d’être singulier et unique.  On pourrait, éventuellement, en attendre un peu plus vis-à-vis d’un confrère, d’un « camarade » –puisque cette formule paraît vous plaire, Mr..le Pr... issu de la même école, ayant exercé longtemps dans le même hôpital, au sein de la même institution. Il ne s’agit pas là de demande d’un traitement de faveur, juste d’une reconnaissance  de l’appartenance à ce merveilleux corps commun qu’est ..., ou plus restrictivement, le .....
Mr. le Pr.., je vous ai entendu dire à mon mari, alors qu’il y avait une certaine amélioration de l’état de sa jambe gauche, moins enflée, un peu moins douloureuse après une –ou deux- chimio : « Eh bien, vous voyez, ça c’est de la réalité, ce n’est pas de la psychothérapie ! ». Quelle délicatesse, face à un homme malade, amoindri, de dénigrer sa pratique de psychiatre, de psychothérapeute et quelle présomption ! Vous saviez que votre traitement n’était que du temps gagné, et à quel prix, sur le processus de la maladie. Je peux vous dire que les  psychothérapies  pratiquées par mon mari ont connu plus de guérisons que vos chimio, sans maladies nosocomiales à la clé : septicémies, infections qui lui (nous) ont valu tant d’heures d’attente et de stress dans cet abominable service des urgences à propos duquel j’ai beaucoup à dire mais qui ne vous concerne pas directement et qui fera l’objet d’un autre courrier au Médecin-Chef de l’H. ... .... Je vous remercie également de ne jamais m’avoir saluée quand je vous ai croisé durant ces longs et terribles mois dans les couloirs de l’hôpital, ainsi que l’aimable Dr. B. , à votre image, dont je me demande si on lui a appris qu’un sourire, un bonjour et un mot gentil ne lui enlèvent rien mais peuvent être réconfortants pour un patient et sa famille, mais bah ! n’est-ce pas ? ceci n’est que balivernes et psychothérapie…
Dr. R..., merci aussi pour votre délicatesse et l’attention que vous avez apportées à « votre » patient, merci pour lui avoir dit, lors de sa 5ème chimio, alors qu’il pleurait devant vous  et s’inquiétait, non pas de son sort mais du mien : « Vous savez que nous ne vous guérirons pas, mais votre épouse est forte ». Eh bien , voyez-vous, il avait encore un peu d’espoir et il connaissait  ma prétendue force, très relative, mais que j’ai tenté de mobiliser jusqu’au bout. Merci également pour  avoir oublié, lors de la 6ème et dernière chimio, qu’il en était à la 2ème partie et qu’il n’y avait donc pas d’hyper-hydratation à prévoir et surtout pas d’injection de 2 produits mais d’un seul. Si je ne n’avais pas été là, à ses côtés, comme je l’ai toujours été, disant à l’infirmière qui devait lui poser la perfusion d’hyper-hydratation et de la chimio qu’il y avait une erreur, je me demande ce qu’il se serait passé, étant donné son état. J’ai toujours vécu dans un milieu médical, mon père, le Pr. R. ayant été titulaire de la chaire de cancérologie et chef du service du même nom à l’Hôpital Saint-André de Bordeaux et je suis donc assez avertie, mais si mon mari et moi n’avions été que de braves gens ne connaissant pas les possibilités –et grandes capacités-  d’erreur de la médecine, il aurait subi un 2ème bombardement de chimio totalement injustifié. Merci enfin pour les 2 messages de votre secrétaire : le premier sur mon portable, le 20 mai, la veille de l’enterrement de mon mari pour me rappeler qu’il avait un rendez-vous le 11 juin, le 2ème sur le répondeur de mon téléphone fixe le 20 mai également à mon retour de ses obsèques pour le même motif. Vous féliciterez votre secrétaire de ma part, elle fait très bien son boulot. Mais je n’en dirai pas autant de vous : mon mari est parti à l'Unité de Soins Palliatifs de l’hôpital .... à ....le 4 mai, il y est mort le 15 mai. Vous n’avez même pas eu 2 minutes pour prendre de ses nouvelles, en 11 jours ? L' U.S.P. n’avait eu aucune transmission du dossier de mon mari, y compris ses Directives Anticipées que je vous avais remises en décembre. Et dont j’avais heureusement conservé l’original. Le personnel soignant de ce service est formidable, attentionné, respectueux du malade et de sa famille, on se sent là reconnu, soutenu et aidé, ce que je n’ai jamais connu dans votre service où j’espère ne pas revenir, jamais, si je dois souffrir d’un cancer j’irai n’importe où mais pas chez vous.
En revanche, je vous prie de transmettre à vos internes mes remerciements pour leur attention, leur écoute, leur présence et leur humanité avec l’espoir que ces qualités perdureront tout au long de leur carrière et que vous n’aurez pas réussi à les en détourner. 
J’ajoute que j’ai eu de nombreux messages de sympathie d’amis et de confrères de mon mari, d’hommages, de fleurs, et de témoignages de reconnaissance de ses patients pour son grand humanisme, ses qualités professionnelles, son écoute, sa bienveillance et les soins qu’il leur a apportés. Apparemment en-dehors de l’H...., l’information circule et les qualités humaines existent.
S.R.

vendredi 16 janvier 2015

Télescopage de cauchemars...

Depuis plus de trois mois, je vis dans un autre monde, en marge du monde avec un grand M, je survis plutôt que de vivre, au jour le jour, au fil de la menace de l'épée mortelle suspendue au-dessus d' un être aimé, enfermée dans une bulle d'angoisse. Et voilà qu'arrive cette horreur, ces assassinats absurdes, déments, ce chagrin collectif qui vient potentialiser mon chagrin personnel, cette atteinte violente à tout ce qui faisait sens dans ma vie, comme dans celle de nombre de personnes : la liberté de penser, de s'exprimer, la lutte contre l'obscurantisme, le fanatisme, le sectarisme et tous ces trucs en "ismes", l'endoctrinement, l'aliénation de la pensée, de l'esprit critique, de l'intelligence au sens premier du terme, c'est-à-dire de la compréhension et de l'appréhension de l'autre, l'acceptation de la diversité humaine dans un respect mutuel des différences et dans celui, inaliénable, de la vie, le questionnement permanent, le refus de se croire détenteur d'une vérité unique qui, loin d'exister, n'est qu'une construction imaginaire et, le plus souvent, mortifère.
"Je suis Charlie" mais je suis aussi les innombrables victimes de l'abject Boko Haram, les petites filles ceinturées d'explosifs envoyées à un sacrifice innommable, celles capturées et vendues comme esclaves par les immondes individus décervelés et déshumanisés d'un prétendu Etat Islamique qui n'est qu'un Etat du mal absolu, un ramassis de minables sadiques, de brutes sanguinaires, sans foi (et surtout pas islamique) ni loi, d'un cynisme absolu, totalement méprisables. Et je regrette de ne pouvoir lutter autrement que par ce billet insignifiant, totalement investie que je suis par mon propre combat, prioritaire, pour la vie d'un homme, pour la vie tout court.







mercredi 22 octobre 2014

"le suicide français " ??? !!!

Si, au moins, l'auteur de cet ouvrage commençait à donner l'exemple : il suffirait d'un accent aigu sur le "e" pour en faire "le suicidé français"  et enfin, peut-être, peut-être, présenterai-il un intérêt : il mourrait pour sa prétendue cause, redonner à la "Frrance" sa virilité, comme s'il s'agissait là d'une vertu majeure, et par la même occasion nous débarrasserait de sa prose nauséabonde, archaïque et mensongère. Certes, il s'en trouverait d'autres pour prendre le relais, mais déjà un usurpateur de moins, quelqu'un qui se prend pour un historien mais n'hésite pas à falsifier les faits, les chiffres pour mieux en illustrer son point de vue personnel, sa propre interprétation, donner à croire qu'il a une pensée alors qu'il ne fait que remâcher de vieilles rancoeurs, de vieilles obsessions : trouver à tout prix un  (des) bouc(s) émissaire(s), les femmes, les immigrés, la gauche, la droite (sauf l'extrême). Tout cela m'indigne et est profondément indigne : comment peut-on, ose-t-on, manipuler ainsi l'Histoire (avec un grand H, j'insiste), uniquement pour être un succès de librairie, comment peut-on ainsi abonder dans la plus basse démagogie, jouer avec les peurs irrationnelles de citoyens déboussolés, dépourvus de tout recul, dont les seules sources d'information sont les media immédiats (pardon pour le mauvais jeu de mots), dont Internet,-la plus grande immédiateté- qui permet des "commentaires" qui ne sont qu'une pauvre -pauvrissime- réaction affective sans réflexion aucune ni autre référence à une ébauche de pensée. On "commente", sous le coup d'une émotion, la haine le plus souvent, et c'est si terriblement pauvre, affligeant qu'un lecteur un peu plus exigeant en reste sans voix. C'est à croire que M. Zemmour n'écrit que pour ces "commentateurs" dépourvus de pensée, les conforte dans cette absence de pensée et d'analyse,soit dans un cynisme total (le chiffre des ventes et une notoriété injustifiée) soit le bonheur de trouver un écho à ses délires complotistes et persécutoires. La conclusion étant qu'il est désespérant de voir une telle adhésion à un salmigondis qui se prétend pensée et qui n'est qu'un point  (d'absence) de vue réactionnaire et illégitime dans sa falsification obscène de l'Histoire.













mercredi 1 octobre 2014

Insomnie

Dans ces cas-là, je me lève et je lis. En ce moment, livre de Siri Hustvedt, "Un monde flamboyant", j'aime beaucoup certains de ses livres ("Elégie pour un américain", "Un été sans les hommes", par exemple). Pour celui-ci, j'ai un regret : autant je suis passionnée par le personnage principal, Harriet, dite Harry, artiste plasticienne, veuve d'un galeriste célèbre et toujours sous son ombre écrasante, par son idée de se "cacher" derrière des artistes mâles jusqu'au point de leur attribuer ses propres oeuvres et leurs expositions publiques, partant du principe avec lequel je suis en parfait accord, à savoir que dans le monde de l'art (de tous les arts), il vaut mieux être un homme si on veut connaître le succès et la "reconnaissance", autant je trouve que ce thème captivant aurait été plus captivant encore sous une forme plus concise avec moins de témoignages, moins détaillés, de personnages -ses alter ego, ses enfants,  ou des critiques horripilants dans leurs partis pris- moins de références intellectuelles certes brillantes mais qui diluent le récit, bref, une recentration sur la personne d' Harry suffisamment fascinante à elle toute seule, et dans ses actes et dans ses propos. En lisant ce livre, je m'interroge, par moments, sur l'identification exacerbée de l'auteur à son héroïne (nul n'ignore que Siri Hustvedt est la femme de Paul Auster et, mon Dieu, que cela doit être lourd à porter quand on est soi-même écrivain) qui fait qu'elle ne cesse d'enfoncer le clou pour nous démontrer que son intelligence et sa grande culture n'ont rien à envier à celles de son mari. Mais, ses lecteurs(-trices) ne lui en demandent pas tant, simplement d'être elle-même, auteur de grand talent, sans justification excessive par rapport à un (ou des ) autre(s), si difficile que cela soit d'être une femme créatrice, j'en suis bien d'accord.

lundi 29 septembre 2014

faîtes ce que je dis, ne faîtes pas ce que je fais...

Les merveilleux élus du Front National s'empressent de renier dans les faits ce qu'ils préconisaient dans leurs déclarations enflammées et indignées, pour le cumul des mandats, qui les scandalisaient quand ils n'en avaient aucun, "eh bien, finalement, on n'est plus contre, que les autres donnent l'exemple !..." Ah bon ? Mais je croyais que c'étaient eux, les exemplaires, les purs, les justiciers ?
Finalement, ils ont changé d'avis, ils tombent les masques. "La Frrrance" -avec trémolos dans la voix c'est mieux- son avenir, son devenir, ils s'en foutent royalement, ce qu'ils veulent c'est le pouvoir et quand ils l'auront (à Dieu ne plaise, mais Dieu, en l'occurrence, semble avoir jeté l'éponge) non seulement ils ne feront pas mieux mais ils feront pire : aux orties la République, la démocratie, à eux le règne de la médiocrité, de l'ignominie, de l'appel aux plus bas instincts, du racisme ordinaire et extraordinaire, de l'exclusion, de la haine et du rejet de l'autre, bref c'est le retour du nazisme qui, pour être prétendument "neo" n'en est pas plus beau. D'ailleurs, "neo" signifiant "nouveau", ce terme me semble particulièrement inapproprié pour un parti qui n'apporte aucune idée novatrice, dynamique, ni courageuse. C'est une résurgence métastatique d'un passé nauséabond, qui fait appel au cerveau reptilien de nostalgiques aigris, c'est le recours à des boucs émissaires coupables et responsables des dysfonctionnements de la société -ce qui permet commodément de s'en absoudre-, sus aux juifs (un peu passés de mode mais enfin, pourquoi pas ?), aux immigrés -surtout, et n'hésitons pas à falsifier les chiffres- , aux roms, aux homosexuels, à la fameuse et grotesque prétendue théorie du genre qui vient pervertir nos pôôôvres enfants dans les écoles de cette république pourrie et honnie. Bref, nous voilà en pleine régression mortifère. Et pourquoi ne pas apprendre aux enfants en bas âge le salut nazi comme s'y sont appliqués les dirigeants du sinistre parti grec "Aube Dorée" à la dénomination éhontément trompeuse, "Nuit noire et ténèbres éternelles" leur irait tellement mieux au teint.
Je vis, hélas, hélas, dans un département qui a porté au Sénat deux membres de ce parti dont je tiens à faire remarquer que son nom a été emprunté à celui d'un mouvement de résistance des (précédentes) années noires dont les anciens militants ne doivent cesser de se retourner dans leur tombe. Ignorance ou cynisme ? Je penche pour la deuxième option. Je constate que la droite locale a franchi la ligne jaune, sans états d'âme apparents (au fait, ont-ils une âme ou tout au moins une conscience ?) , après avoir longtemps flirté entre droite et extrême et je revendique et affirme mon mépris total envers ces prétendus "grrrands électeurs" , incultes, dépourvus de mémoire et opportunistes, qui contribuent à porter au pouvoir un parti qui n'est définitivement pas un parti comme les autres.

mercredi 10 septembre 2014

je suis en colère...

... et triste aussi. En colère devant cette déréliction, ce naufrage de la politique française, le "Hollande bashing" qui profite à ce parti rétrograde, populiste, sans aucun projet viable et honorable -que peut-on construire sur la haine de l'autre même et surtout habilement dissimulée, sur le rejet, l'exclusion ?- que je me refuse à nommer . En colère devant cette basse, minable vengeance d'une femme quittée qui conforte ce parti dans sa conquête, galopante et faisant feu de tout bois, du pouvoir. Comment peut-on être à ce point narcissique, dépourvue de tout esprit critique, de tout esprit civique pour assouvir un besoin de règlement de comptes personnel qui met la démocratie, déjà fragilisée par le contexte économique et social, en danger ? Ceci du fait d'une personne qui se prétend "journaliste politique"mais qui n'hésite pas à déballer publiquement une "vie privée" après avoir attaqué en justice des auteurs qui en disaient beaucoup moins sur le même sujet. Narcissisme, égocentrisme, inconscience totale, dramatique. Et que dire du voyeurisme de ces "lecteurs" qui ne voient dans cet "ouvrage" que la confortation  de leur détestation d'un président élu au suffrage universel et donc légitime ? Quelle tristesse...

dimanche 17 août 2014

il suffit d'une voix...

...entendue ce matin à la radio, France Inter, dans une émission consacrée au Festival de Cannes, programme d'été les samedi et dimanche matins. La voix de Christiane Rochefort, son timbre frêle et pourtant ferme, cette voix, et toutes nos conversations, tous nos échanges si denses, si riches, me sont revenus en pleine figure, en plein coeur, comme si l'absence était abolie, comme si, ouvrant mes yeux  fermés sous l'émotion de cette voix retrouvée, j'allais voir son sourire, ses yeux, entendre son rire et poursuivre un dialogue interrompu le 24 avril 1998 et devenu ensuite monologue parce que je lui parle souvent mais n'ai d'autre réponse que celles qui sont restées dans mon oreille et que j'entends avec ma voix et non la sienne, les mots qu'elle m'a dits dont son absence définitive n'a fait qu'un écho. Rien n'est plus difficile à faire revivre qu'une voix, son souvenir est comme une musique lointaine, presque imperceptible et l'entendre à nouveau, désincarnée, est une épreuve cruelle.

vendredi 1 août 2014

Le "coup de la fontaine"

Ah, ah, ah ! J'en rigolerais si ce n'était pas si triste, si lamentable, si minable... Je résume : un maire F.N. récemment élu (j'ai oublié son nom), dans une ville du nord -je crois- dont j'ai aussi oublié le nom, a fait repeindre en bleu (marine ?) une fontaine d' "art contemporain" qu'il trouvait "triste", bien entendu sans avoir demandé l'avis du sculpteur. Ici, à Toulon, où nous avons été les premiers à "bénéficier" en 1995 d'une mairie F.N., une autre fontaine -également art contemporain- a été démontée, toujours sans que son auteur ait été consulté, et remplacée par une plantation d'oliviers et autres plantes méditerranéennes dans le "respect de la culture provençale". Le F.N. est apparemment allergique aux fontaines et à l'art contemporain en général, le F.N. , qui semble malheureusement avoir de beaux jours devant lui si on continue à le banaliser et à le considérer comme un parti "normal", est un parti d'extrême-droite, populiste, anti-démocratique, raciste et antisémite semblable à ceux qui ont porté au pouvoir Hitler, Mussolini et le régime de Vichy après la défaite française en 40.
Comment pouvons-nous admettre que toutes les subventions dévolues aux actions culturelles, en particulier dans les quartiers défavorisés, soient sinon supprimées du moins largement amputées ? Il s'agit d'une tactique délibérée d'enflammer ces quartiers afin de les réprimer férocement, afin de prouver aux "braves citoyens français de souche" (les seuls "valables" ?) qu'ils sont protégés contre les méchants islamistes, c'est-à-dire, dans un esprit de simplification et de réduction dramatiques, contre les musulmans, alors que la majorité des pratiquants de cette religion en France est essentiellement pacifique et choquée par les actes que commettent une minorité des leurs. J'ai l'impression de vivre les années 30, que je n'ai pas connues évidemment mais sur lesquelles j'ai beaucoup lu et réfléchi surtout depuis la montée de ce parti sans idées novatrices, parti d'un malheureux passé exploitant le rejet de l' "étranger", la tentation du repli sur soi c'est-à-dire la régression, la recherche d'un bouc émissaire qui évite de se poser des questions sur sa propre responsabilité dans l'échec économique, moral et intellectuel de notre société.
Je rappelle aussi que, dans les municipalités F.N., certains livres étaient jugés indésirables dans les bibliothèques municipales et retirés des rayons et qu'il n'y a pas si longtemps il en a été de même -à Toulon en tout cas, ville remarquable pour son esprit progressiste ainsi que le prouve son passé, mais sûrement ailleurs,  à l'initiative du mouvement anti-mariage-gay et sa sinistre égérie à bouche de gargouille- sans parler de l'énorme supercherie des mouvements contre la "théorie du genre" inexistante mais abondamment exploitée par les pires mouvements réactionnaires. La France, ex-pays des libertés et en particulier de la liberté de pensée est en grand danger de décérébration généralisée. Aux armes citoyens, dépoussiérez vos neurones !

samedi 28 juin 2014

"Desolations" (David Vann) ? !

Avec un sens de l'à-propos particulièrement judicieux j'ai entamé la lecture de ce livre tout à fait intéressant, le seul de David Vann que je n'avais pas encore lu, bien qu'il soit le deuxième qu'il ait écrit (ou publié) après "Sukkwan Island" qui l'a "révélé" , tout au moins auprès du public français. Cet écrivain a le don d'analyser et mettre en évidence les relations inter-familiales (pathologiques ou/et constitutives ? ), leurs terribles conséquences sur les individus concernés, à savoir l'inévitable solitude/incommunicabilité inter-humaine. Surtout dans ce cadre-là : parents/enfants, couple homme-femme. Toutes choses indéniables mais dont il rend compte avec un talent lui aussi indéniable, avec des flèches qui atteignent leur but, par exemple, entre autres : " On peut choisir ceux avec qui l'on va passer sa vie, mais on ne peut pas choisir ce qu'ils deviendront." Et tous ces livres révèlent la même lucidité terrifiante. Bien sûr, il pousse les situations jusqu'à l'extrême mais on est complètement happé par la probable véracité des personnages et de ce qu'ils vivent.
Quant au "sens de l'à-propos"cité plus haut, c'est parce que la douleur physique, en soi extrêmement désolante, est actuellement mon lot -mais, je l'espère, va cesser- et que, par un malencontreux masochisme coutumier, je me crois obligée de la conforter par une lecture susceptible d'entraîner une douleur morale mais... considérablement relativisée par le talent littéraire de l'oeuvre en question.
Une réserve : le correcteur a mal fait son boulot, j'ai noté, jusqu'à présent, deux phrases incohérentes, absence de verbe, oubli de mot, pas le courage ce soir de les rechercher et  les citer précisément mais je suis frappée par la fréquence de ces erreurs dans les ouvrages actuels. J'ai la sensation de lire avec un troisième oeil qui se met soudain à m'envoyer un signal d'alerte quand il détecte une faute d'orthographe, de syntaxe ou de sens d'une phrase.

dimanche 25 mai 2014

La France, pays minable ?

Ce soir, j'ai honte d'être française. Je me rappelle l'élection du Front National à Toulon quand je n'osais plus dire que j'habitais cette ville, "habiter" seulement car, Dieu merci, je ne suis pas Toulonnaise. mais je me souviens encore d'un crétin parisien, m'entendant me plaindre de l'opprobre qui frappait la ville où je vivais, osant me dire : "il ne fallait pas voter pour eux" !!! je suppose que si j'avais fait partie des décérébrés ayant voté pour "eux", je m'en serais félicitée plutôt que de le déplorer, ce monsieur avait la chance d'être vieux sinon je crois que je lui aurais flanqué une paire de baffes. Il est mort depuis et, si ce n'était le sort général réservé à tout un chacun, je dirais "bien fait pour sa gueule". Le F.N. avait été élu à Toulon, avec une forte abstention : 37 °/° d'électeurs seulement ! on ne peut pas dire que c'était une glorieuse victoire, et il faut voir après ce que ces merveilleux élus en ont fait : scandales de tous ordres, gestion calamiteuse, la ville en faillite au bout de leur mandat, un ramassis d'idéologues incompétents
Aujourd'hui : 57°/° d'abstentionnistes, et sur ce qu'il reste d'électeurs 25°/° d'indigents intellectuels, c'est beaucoup, c'est trop.
Il se trouve que ce même jour, je lisais une interview de Marie-José Chombart de Lauwe, 91 ans, déportée à Ravensbruck à l'âge de 20 ans pour faits de résistance, dénoncée par un traître infiltré dans le réseau avec d'autres, exécutés à la hache, déportés -dont son père, mort à Buchenwald où mon oncle, résistant, fut également déporté- interview dans laquelle elle fait part de son inquiétude devant la montée de l'extrême-droite et son idéologie  nauséabonde en France, et ailleurs, mais il se trouve que ce soir, c'est la France qui envoie au Parlement Européen une majorité d'élus de cette extrême-droite, alors que ces gens-là n'ont pour but que de détruire l'Europe tout en percevant des émoluments de députés "européens". Et on entend les Le Pen parler, avec des tremolos dans la voix, de démocratie, alors qu'ils sont les héritiers en droite ligne -c'est le cas de le dire- de Pétain et de l'immonde droite française de l'occupation nazie, droite collaboratrice et  meurtrière, ennemie de la république et de ses valeurs.
J'en arriverais presque à déplorer le suffrage universel, devant tant de bêtise,si ce n'était une conquête importante de la république. Je comprends les inquiétudes et la douleur des chômeurs et de  tous ceux qui se sentent exclus de la société qui, certes, n'est pas parfaite mais je regrette, profondément, qu'ils aient la mémoire aussi courte, qu'ils choisissent de se tirer une balle dans le pied, plutôt que de faire l'effort d'une réflexion, d'une pensée, d'un esprit critique au lieu de privilégier l' "esprit" café du commerce, primitif, brutal, dépourvu de toute intelligence au sens propre du terme.
Les français, peuple de "veaux" comme le disait le général De Gaulle, visionnaire et d'une grande intelligence, même si je n'ai pas toujours été d'accord avec lui ? Hélas, je le crains et le crois, nous sommes en pleine régression intellectuelle et morale et je me sens désespérée mais prête à me battre contre la connerie ambiante.