Je n'ai pas d'amour particulier pour les mouches, surtout les grosses bleu-vert vibrionnantes mais les moucherons, modestes et silencieux, m'émeuvent comme tout ce qui est modeste et silencieux. Ce soir, alors que mon dernier verre de vin (Puisseguin Saint-Emilion) vieillissait de quelques minutes supplémentaires sur mon bureau, j'avise une petite chose, immobile et surnageante à sa surface, un moucheron donc, que j'enlève délicatement à l'aide de mon coupe-papier et dépose sur un mouchoir qui devait lui servir de linceul. A ma grande surprise, il s'ébroue aussitôt, bouge ses ailes minuscules et se met en devoir d'arpenter le mouchoir. Sauvé, non pas des eaux mais du vin ! J'ai secoué le mouchoir par la fenêtre -advienne que pourra du minuscule bestiau rendu à la nature- et, après quelques secondes d'hésitation, j'ai fini mon verre de Puisseguin Saint-Emilion, ingérant sans doute quelques infimes particules moucheronnesques, sans doute pas au péril de ma vie mais il aurait été regrettable de sacrifier à un hygiénisme excessif deux ou trois dernières gorgées de ce noble nectar.
vendredi 15 novembre 2013
mardi 5 novembre 2013
à propos de Liam O'Flaherty (suite)
En fait, cette référence à la "démence", permanente dans le livre dont je parlais hier, est sans doute vraie, bien que le mot me semble inapproprié. Je me demande si cet auteur n'était pas victime d'un stress post-traumatique : il s'était engagé dans la Garde irlandaise en 1915 et il a subi -sans être blessé physiquement- l'explosion d'un obus dans un trou où il s'était réfugié avec d'autres soldats, il a assisté à la désintégration et au démembrement de ses compagnons, et évacué vers un hôpital où il a, apparemment, séjourné dans un service psychiatrique avant d'être renvoyé dans ses foyers. Il raconte cela dans ce livre, et c'est un des passages qui m'ont le plus intéressée. Le côté décousu de son récit, où il parle lui-même de certains moments de confusion mentale, peut s'expliquer par ce traumatisme. Bien sûr, il était vraisemblablement misogyne comme nombre de ses contemporains (il est né en 1896) avant ce terrible événement mais j'admets que ce dernier a dû complètement bouleverser son équilibre mental. Je suis contente d'arriver bientôt à la fin de son livre, sans jamais avoir réussi à y entrer vraiment, car il est, en définitive, plutôt angoissant. Quant à sa dédicace : "J'offre ce poignard à mes ennemis", elle me semble bien traduire son état d'esprit, ses états d'esprit devrais-je dire, il en change souvent, passant d'une grande exaltation à une déréliction totale. Je me demande s'il n'inclut pas ses lecteurs parmi ses hypothétiques ennemis ?
Je ne trouve pas qu'on puisse vraiment le comparer à Céline -peut-être un peu dans le style exclamatif et flamboyant- mais pas dans son approche du sens possible de la vie.
Je ne trouve pas qu'on puisse vraiment le comparer à Céline -peut-être un peu dans le style exclamatif et flamboyant- mais pas dans son approche du sens possible de la vie.
lundi 4 novembre 2013
"à mes ennemis ce poignard" (Liam O'Flaherty)
Il y a quelques mois, j'ai acheté ce livre, à cause de son titre et de son éditeur, hélas disparu : "Le Serpent à Plumes", qui débuta, courageusement, par la publication de nouvelles d'une grande qualité littéraire, à la présentation fort originale (très beau papier, cahiers non reliés dans pochette plastique) dont je possède la collection complète. Je ne vais pas m'étendre sur la disparition de cette revue, qui m'a fort affectée, comme bien d'autres revues littéraires ("L'autre journal", par exemple), mais celle-ci avait le parti pris de promouvoir la nouvelle comme genre littéraire à part entière -ce que vient de faire le prix Nobel de la littérature avec son attribution à Alice Munro, nouvelliste- bref, je digresse, je digresse, ce qui est totalement contraire à l'essence même de la nouvelle. La dernière digression que je m'autorise c'est que mon premier texte publié était une nouvelle dans une revue, elle aussi disparue bien sûr ("Taille Réelle"), dédiée à ce genre. J'arrête là les digressions, sinon, une fois lancée sur le thème de la nouvelle et de son triste sort en France, je peux devenir intarissable et donc : emmerdante.
Revenons donc à ce "roman" (titre de cet article) dont l'auteur est comparé à Céline, ce qui, pour moi, n'est pas une référence et peut même être complètement rédhibitoire -j'entends, d'ici, les hurlements de ses adorateurs, mais je m'en fous- et, pour tout vous dire, je ne comprenais pas ma difficulté à avancer dans cette lecture, quoi que ce narcissisme exacerbé, cette auto-flagellation complaisante me soient assez pénibles jusqu'au moment où (page 241) je tombe (littéralement) sur ce passage avec lequel je suis à peu près d'accord dans un premier temps : "... qu'est-ce que l'instinct créateur sinon une forme de démence, un déséquilibre de l'organisme physique; dû, vraisemblablement à un "manque" quelconque dans cet organisme, plutôt qu'à la présence d'une qualité que ne posséderait pas l'homme ordinaire." -puis, totalement horrifiée par la suite- : " quant aux femmes, je leur dénie cet instinct créateur, sinon dans la mesure où elles éprouvent le besoin de créer des enfants. Et ce besoin résulte en soi d'un "manque" dans leur constitution."
No comment (je suis bien trop en colère, indignée, révoltée).
Revenons donc à ce "roman" (titre de cet article) dont l'auteur est comparé à Céline, ce qui, pour moi, n'est pas une référence et peut même être complètement rédhibitoire -j'entends, d'ici, les hurlements de ses adorateurs, mais je m'en fous- et, pour tout vous dire, je ne comprenais pas ma difficulté à avancer dans cette lecture, quoi que ce narcissisme exacerbé, cette auto-flagellation complaisante me soient assez pénibles jusqu'au moment où (page 241) je tombe (littéralement) sur ce passage avec lequel je suis à peu près d'accord dans un premier temps : "... qu'est-ce que l'instinct créateur sinon une forme de démence, un déséquilibre de l'organisme physique; dû, vraisemblablement à un "manque" quelconque dans cet organisme, plutôt qu'à la présence d'une qualité que ne posséderait pas l'homme ordinaire." -puis, totalement horrifiée par la suite- : " quant aux femmes, je leur dénie cet instinct créateur, sinon dans la mesure où elles éprouvent le besoin de créer des enfants. Et ce besoin résulte en soi d'un "manque" dans leur constitution."
No comment (je suis bien trop en colère, indignée, révoltée).
dimanche 27 octobre 2013
la curiosité...
Quel est l'imbécile qui a décrété que la curiosité est un vilain défaut, réduisant ainsi ce mot à un sens péjoratif qui n'est pas celui de son étymologie ? "Curiositas" , du latin, signifie "soin". Dans une première acception : soin, souci qu'on a de quelque chose ou de quelqu'un. Puis, ultérieurement : tendance qui porte à apprendre, à connaître des choses nouvelles (toutes définitions issues du "Robert", petit ou grand, une de mes bibles de la langue française). Un être sans curiosité est un être mort (désolée du paradoxe), on pourrait dire aussi qu'il n' "est" plus, réduit à tourner en rond autour de son nombril, c'est-à-dire de ses certitudes, ses préjugés, sa paranoïa. La curiosité est l'interrogation permanente, le doute, c'est-à-dire la vie. Sans curiosité, plus de découvertes, plus d'avancées dans la réflexion.Dans les relations personnelles, la curiosité est un moteur essentiel : si l'on n'est plus curieux de l'autre, de sa vie, de ses affects, c'est qu'on le fige, qu'on l'enferme dans une idée préconçue, c'est-à-dire qu'on le tue. Alors, j'espère ne jamais perdre ma curiosité d'autrui, des choses, du devenir du monde, ne jamais être un "vivant" qui ignore qu'il est mort.
samedi 21 septembre 2013
événement...
Ce soir, j'entends un grand-duc, juste au-dessus de chez moi, dans la forêt (?) du Faron. Rien à voir avec son cousin, le petit-duc et son chant si doux, si flûté. C'est une voix profonde et grave, presque sombre et peut-être sentencieuse mais, comme tout chant d'oiseau de nuit, cela m'émeut, me concerne -non, non, je ne vais pas écrire que cela m' "interpelle", je déteste cette expression "mode" et détournée de son sens (interpeller : adresser la parole brusquement à quelqu'un pour le questionner, l'insulter -définition du "Petit Robert", édition de 1968 à laquelle je suis profondément attachée, allez savoir pourquoi...). Les rapaces nocturnes ne m'interpellent pas, ils me touchent (affectivement), m'intéressent peut-être parce que je me sens oiseau de nuit comme eux mais que les proies qui m'intéressent sont les mots, ceux que je tente d'écrire, ceux que je lis avec avidité.
lundi 24 juin 2013
à propos de lectures...
En ce moment, je lis un livre de David Lodge : "Un homme de tempérament" -roman- qui est une biographie romancée de H.G.Wells : beaucoup de faits réels mais aussi d'extraits d'oeuvres, de lettres de cet auteur (Wells) qui ne m'a jamais vraiment attirée malgré sa notoriété dans le monde des lettres. La façon dont David Lodge, qui est un écrivain que j'aime beaucoup, le décrit - l'écrit - me donne envie de le lire, alors qu'un autre "roman" ( "L'auteur, l'auteur ! ") sur Henry James dont j'ai lu, sinon toute l'oeuvre, du moins la majeure partie, m'avait un peu déçue peut-être parce que ce James, rendu concret en tant qu'homme, ne correspondait pas à l'écrivain que j'aime et admire tant : ses nouvelles sont, pour la plupart, de purs chefs-d'oeuvre ("L'image dans le tapis" entre autres), parmi ses romans "Les papiers de Jeffrey Aspern" (peut-être plus près de la longue nouvelle ou "novela" comme disent les américains), un bijou, "Ce que savait Maisie" est un de ceux qui me touchent le plus, car cette enfant, otage du narcissisme et de l'égotisme de ses parents, m'apparaît comme une soeur et ce qu'elle vit comme l'obsession de mes propres romans. Bref, le livre de Lodge sur H.G.Wells me fait découvrir un sacré bonhomme, très certainement en avance sur son temps, alors que celui sur James ne m'a révélé que des "petits côtés" de celui qui était -et reste- pour moi, un extraordinaire écrivain.
Malgré l'intérêt que je porte à ce livre, je préfère les "journaux" authentiques des écrivains que j'ai aimés -et, pour certains que j'aime encore et toujours. J'ai adoré le Journal d'André Gide, plus que ses romans que j'ai aimés aussi mais je ne suis pas sûre que ce serait toujours le cas, le Journal d'Anaïs Nin, celui de Virginia Woolf, surtout dans sa version non expurgée, "Les mots" de Sartre, mémoires plus que journal est une de ses oeuvres que j'ai le plus aimée. Et je m'apprête à lire, avec curiosité et appétit, le journal de Joyce Carol Oates dont j'ai parlé récemment dans ce blog.
Qui a dit que la curiosité était un vilain défaut ? Je pense que c'est un moteur essentiel à la vie.
Malgré l'intérêt que je porte à ce livre, je préfère les "journaux" authentiques des écrivains que j'ai aimés -et, pour certains que j'aime encore et toujours. J'ai adoré le Journal d'André Gide, plus que ses romans que j'ai aimés aussi mais je ne suis pas sûre que ce serait toujours le cas, le Journal d'Anaïs Nin, celui de Virginia Woolf, surtout dans sa version non expurgée, "Les mots" de Sartre, mémoires plus que journal est une de ses oeuvres que j'ai le plus aimée. Et je m'apprête à lire, avec curiosité et appétit, le journal de Joyce Carol Oates dont j'ai parlé récemment dans ce blog.
Qui a dit que la curiosité était un vilain défaut ? Je pense que c'est un moteur essentiel à la vie.
samedi 22 juin 2013
C'est jouissif l'écriture
Clin d'oeil à Christiane Rochefort -"C'est bizarre l'écriture"-
J'ai réussi à me remettre au travail sur ce texte qui, justement, me travaille. Me poursuit. Me persécute. Je crois avoir saisi l'origine du blocage et du refus de renoncer à mener ce texte à terme.
Etrange coïncidence : la lampe de mon bureau s'est éteinte brusquement comme si elle participait à ma difficulté - à mon refus peut-être- d'élucider ma réticence-résistance à mener ce travail jusqu'au bout. Ce que j'essaie d'écrire est sans doute trop "réel" pour moi. Je n'arrive pas à prendre la distance que j'avais avec des textes de fiction. J'ai failli écrire "de pure fiction" mais je ne crois pas qu'il y ait de "pure" fiction. Je crois qu'il y a, dans tout texte même dit "roman" une part autobiographique, l'expression d'un vécu, d'une sensation, le souvenir d'un lieu, d'une sensation. Je pense qu'il n'y a pas d'imaginaire "pur", il y a de l'imaginaire ET du vécu, de l'imaginé et du transposé. Dans mon texte sur les marâtres justement, il n'y a que du vécu, de la réminiscence, pas de transposé, pas d'imaginé, c'est sans doute une des raisons pour lesquelles "ça" coince, je trahis mon identité de romancière et n'arrive pas à endosser celle de "mémorialiste", je ne peux me résoudre à romancer cette histoire personnelle dans laquelle en tant qu'enfant puis adolescente et enfin -si peu- adulte j'étais totalement objectivée, impuissante et pourtant présente, si douloureusement présente. Je ne sais pas pourquoi je m'obstine mais, c'est sans doute idiot, je suis -presque- sûre que d'autres ont vécu, non pas la même histoire mais une histoire semblable et j'ai la présomption de croire que je peux mettre des mots sur leur histoire à eux et les aider à l'élucider. Parce qu'il me semble que l'essentiel est là : voir clair, comprendre ce qu'il nous est arrivé quand on n'était pas encore armé pour s'en défendre et enfin pouvoir s'en libérer.
Alors, oui, c'est jouissif l'écriture même quand ça fait mal à mettre au monde, c'est maso l'écriture et donc c'est bizarre aussi.
J'ai réussi à me remettre au travail sur ce texte qui, justement, me travaille. Me poursuit. Me persécute. Je crois avoir saisi l'origine du blocage et du refus de renoncer à mener ce texte à terme.
Etrange coïncidence : la lampe de mon bureau s'est éteinte brusquement comme si elle participait à ma difficulté - à mon refus peut-être- d'élucider ma réticence-résistance à mener ce travail jusqu'au bout. Ce que j'essaie d'écrire est sans doute trop "réel" pour moi. Je n'arrive pas à prendre la distance que j'avais avec des textes de fiction. J'ai failli écrire "de pure fiction" mais je ne crois pas qu'il y ait de "pure" fiction. Je crois qu'il y a, dans tout texte même dit "roman" une part autobiographique, l'expression d'un vécu, d'une sensation, le souvenir d'un lieu, d'une sensation. Je pense qu'il n'y a pas d'imaginaire "pur", il y a de l'imaginaire ET du vécu, de l'imaginé et du transposé. Dans mon texte sur les marâtres justement, il n'y a que du vécu, de la réminiscence, pas de transposé, pas d'imaginé, c'est sans doute une des raisons pour lesquelles "ça" coince, je trahis mon identité de romancière et n'arrive pas à endosser celle de "mémorialiste", je ne peux me résoudre à romancer cette histoire personnelle dans laquelle en tant qu'enfant puis adolescente et enfin -si peu- adulte j'étais totalement objectivée, impuissante et pourtant présente, si douloureusement présente. Je ne sais pas pourquoi je m'obstine mais, c'est sans doute idiot, je suis -presque- sûre que d'autres ont vécu, non pas la même histoire mais une histoire semblable et j'ai la présomption de croire que je peux mettre des mots sur leur histoire à eux et les aider à l'élucider. Parce qu'il me semble que l'essentiel est là : voir clair, comprendre ce qu'il nous est arrivé quand on n'était pas encore armé pour s'en défendre et enfin pouvoir s'en libérer.
Alors, oui, c'est jouissif l'écriture même quand ça fait mal à mettre au monde, c'est maso l'écriture et donc c'est bizarre aussi.
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