saka

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mardi 18 février 2014

atterrée, accablée, anéantie, angoissée...

... par les commentaires en réaction à des articles publiés sur le Net, en particulier sur Orange (O.K., ils ne choisissent pas leurs lecteurs) : non seulement les propos exprimés sont, sur le plan de la pensée, pas seulement au ras des pâquerettes mais très largement en-dessous mais, de plus, l'orthographe, la syntaxe sont erratiques, ignorées, méprisées, comme une caricature obscène de la langue française piétinée, massacrée. Le pire, c'est que ces déblatérations nauséabondes sont émises par des gens qui revendiquent leur appartenance à la France avec un grand F. J'ai envie de leur dire qu'appartenir à une nation, quelle qu'elle soit, c'est d'abord respecter sa langue, ses auteurs, Voltaire par exemple, Montaigne et leur parfaite maîtrise de cette langue, une arme, la plus belle qui soit, sous-tendue par une pensée critique, une vraie : l'ironie, l'humour qui, seuls, permettent une distance et une réflexion salvatrices quelles  que soient les opinions que l'on défend.
Quand je lis ces "posts", "commentaires", "réactions" ou quelque autre dénomination qu'on leur donne, j'ai l'impression de plonger dans la boue et de m'y immerger, au bord de l'étouffement.
Je ressens, dans le même temps, une fascination morbide pour ce fatras immonde et me promettant de ne plus en lire une ligne, je ne peux m'empêcher d'y revenir avec l'espoir de trouver, quelque part, un sursaut de quelqu'un proche de moi et parfois, cela arrive, mais trop rarement pour que cet espoir l'emporte sur l'accablement.
L'immédiateté du web est une menace sur la culture, la réflexion, l'analyse, l'intelligence, il faudrait imaginer quelque chose d'autre, comme, par exemple, l'impossibilité de réagir à chaud à propos de tout événement -majeur ou mineur- mais avec un délai :  "réagissez" ou "commentez" dans 12 heures ou 24. Les media ont une lourde responsabilité dans l'abêtissement généralisé de notre société, ils ne sont pas les seuls, certes, le tweet est peut-être un début de solution face à ce déferlement de conneries (désolée) grâce à la contrainte du nombre de signes limités qui oblige à une analyse de ce que l'on veut exprimer et donc à une réflexion, si fugitive soit-elle.

samedi 11 janvier 2014

suite à "Les grand lecteurs, une espèce en voie de disparition ?"

Je me rends compte que j'ai oublié l'essentiel dans cette interprétation et ce compte-rendu partiels de l'article du Quotidien du Médecin intitulé "La littérature aide à la compréhension de l'autre", je vais tenter de joindre l'article dans son ensemble mais ce qu'il faut absolument préciser c'est que le terme "littérature" exclut les "romans de diffusion populaire...(roman d'amour, d'aventure, policier ou de science-fiction) ". J'espère que vous pourrez lire cet article dans son ensemble, donc je ne vais pas continuer à le "malmener", c'est-à-dire à le mal-citer. Maintenant, il est probable que, pour certains, cette définition de la littérature soit un peu trop restrictive mais il s'agit d'une étude scientifique -donc, c'est du "sérieux"- quant à moi, je me pose la question mais il est certain que, parmi la quantité de livres que j'ai lus, je me souviens rarement des polars, si grand soit le plaisir que j'ai eu à les lire, mais parfaitement -ou presque- des oeuvres" littéraires" : tout Dostoïevski, Tchékov (ses nouvelles en particulier), Virginia Woolf, Anaïs Nin, plus récemment Doris Lessing, Christiane Rochefort, Pascal Quignard et tant d'autres, la liste est encore longue... mais je suis fatiguée et laisse à d'autres le soin de la compléter.

dimanche 22 décembre 2013

les "grands lecteurs", une espèce en voie de disparition ?

Hélas, hélas, je le crains (et le déplore). Il est vrai que lorsqu'on "avoue" lire deux livres (ou trois) par semaine, on voit, dans le regard parfois effaré et souvent incrédule de son -ou ses - interlocuteur(s) que l'on est "étrange" ou bien "à part" pour ne pas dire "doux dingue" (ou carrément dingue). On est soupçonné d'être un intellectuel, espèce radicalement inquiétante, éventuellement tarée : quelqu'un qui passe tout ce temps à se repaître de l'imagination des autres a quelque chose qui ne tourne pas rond aux yeux d'autrui. "Et comment faîtes-vous pour vous tenir au courant de l'actualité ?" -ce qui veut dire la réalité du monde contemporain-  "Eh bien, je me tiens AUSSI au courant... Mais ça ne prend pas tellement de temps que ça, parce que, dans ce qu'il est convenu de nommer "actualité" il y a beaucoup d'anecdotique, de factuel  (ne parlons surtout pas de "people" extrêmement attractif parce que d'une totale frivolité et de ce fait si appétent...) et peu de profondeur, d'effort d'analyse d'une situation donnée à un instant "t" avec une mise en perspective du contexte, de l'avant, de l'éventuel après. Bref, la littérature semble à des lieues de tout cela, sauf que, un quotidien très sérieux "Le Quotidien du Médecin" a publié récemment les résultats d'une étude américaine sur la TdE (théorie de l'esprit) c'est à dire "la capacité d'inférer et se représenter les émotions d'autrui" dont la conclusion est que la lecture de textes littéraires est "une sorte d'expérience sociale(...) qui stimule l'activité de théorie de l'esprit, nous place dans une situation où nous devons réellement utiliser à son maximum notre capacité de comprendre les autres personnes." (article signé Isabelle Trocheris et dont le titre est "La littérature aide à la compréhension de l'autre").
Eh bien, après la lecture de cet article  , je me sens moins seule dans mon combat "inutile", et moins dinosaure, la conclusion de l'article en question étant une citation d'Emmanuelle Castano, professeur à NSSR et coauteur de l'article paru dans "Science" : "Nous étudions le roman littéraire comme une pratique culturelle parmi d'autres. Nous espérons qu'en général ce travail  va provoquer une réflexion sur ce que cela signifie de vivre dans une communauté qui soutient les lettres et les arts."
Lire des textes littéraires serait alors un acte militant ? Oui, oui, oui, mille fois oui !

mercredi 20 novembre 2013

Mort de Doris Lessing

Cette grande dame et immense écrivaine nous a quittés, son oeuvre a joué un rôle éminent dans ma vie -de femme et d'artisane de l'écriture-  elle occupe une rangée entière de ma bibliothèque, pas loin d'Iris Murdoch -je ne pense pas que ce voisinage lui aurait déplu- et une grande place aussi dans mon coeur. Que dire de plus, sinon, que je souhaite à tous ceux qui n'ont pas encore lu les chefs-d'oeuvre que sont "Le carnet d'or", le cycle  "Les enfants de la violence", "Vaincue par la brousse", "Nouvelles africaines" etc.etc. de découvrir cette intelligence, cette réflexion sur la société humaine, ce style, bien sûr. Ce que j'ai aimé encore c'est sa capacité de révolte, d'indignation, son refus de se laisser enfermer dans une (ou des) case(s), elle a été une femme LIBRE, et mieux encore un ÊTRE libre.
Elle avait aussi de l'humour et un sens critique toujours en éveil. Pour l'anecdote, soupçonnant qu'elle était publiée sur l'unique critère de son nom, elle avait adressé à son éditeur un manuscrit  : "Les carnets de Jane Somers - Journal d'une voisine-" sous ce nom-là (Jane Somers) qui fut aussitôt refusé. Pourtant, quand on le lit, c'est bien du Doris Lessing ! Je ne suis pas sûre que la leçon ait été comprise par l'éditeur en question et les éditeurs en général mais là, on est dans une tout autre histoire dont je n'ai pas envie qu'elle vienne grever mon hommage personnel à une femme exceptionnelle. Le monde a perdu une part de lumière.

vendredi 15 novembre 2013

la miraculeuse histoire d'un moucheron

Je n'ai pas d'amour particulier pour les mouches, surtout les grosses bleu-vert vibrionnantes mais les moucherons, modestes et silencieux, m'émeuvent comme tout ce qui est modeste et silencieux. Ce soir, alors que mon dernier verre de vin (Puisseguin Saint-Emilion) vieillissait de quelques minutes supplémentaires sur mon bureau, j'avise une petite chose, immobile et surnageante à sa surface, un moucheron donc, que j'enlève délicatement à l'aide de mon coupe-papier et dépose sur un mouchoir qui devait lui servir de linceul. A ma grande surprise, il s'ébroue aussitôt, bouge ses ailes minuscules et se met en devoir d'arpenter le mouchoir. Sauvé, non pas des eaux mais du vin ! J'ai secoué le mouchoir par la fenêtre -advienne que pourra du minuscule bestiau rendu à la nature- et, après quelques secondes d'hésitation, j'ai fini mon verre de Puisseguin Saint-Emilion, ingérant sans doute quelques infimes particules moucheronnesques, sans doute pas au péril de ma vie mais il aurait été regrettable de sacrifier à un hygiénisme excessif deux ou trois dernières gorgées de ce noble nectar.

mardi 5 novembre 2013

à propos de Liam O'Flaherty (suite)

En fait, cette référence à la "démence", permanente dans le livre dont je parlais hier, est sans doute vraie, bien que le mot me semble inapproprié. Je me demande si cet auteur n'était pas victime d'un stress post-traumatique : il s'était engagé dans la Garde irlandaise en 1915 et il a subi -sans être blessé physiquement- l'explosion d'un obus dans un trou où il s'était réfugié avec d'autres soldats, il a assisté à la désintégration et au démembrement de ses compagnons, et évacué vers un hôpital où il a, apparemment, séjourné dans un service psychiatrique avant d'être renvoyé dans ses foyers. Il raconte cela dans ce livre, et c'est un des passages qui m'ont le plus intéressée. Le côté décousu de son récit, où il parle lui-même de certains moments de confusion mentale, peut s'expliquer par ce traumatisme. Bien sûr, il était vraisemblablement misogyne comme nombre de ses contemporains (il est né en 1896) avant ce terrible événement mais j'admets que ce dernier a dû complètement bouleverser son équilibre mental. Je suis contente d'arriver bientôt à la fin de son livre, sans jamais avoir réussi à y entrer vraiment, car il est, en définitive, plutôt angoissant. Quant à sa dédicace : "J'offre ce poignard à mes ennemis", elle me semble bien traduire son état d'esprit, ses états d'esprit devrais-je dire, il en change souvent, passant d'une grande exaltation à une déréliction totale. Je me demande s'il n'inclut pas ses lecteurs parmi ses hypothétiques ennemis ?
Je ne trouve pas qu'on puisse vraiment le comparer à Céline -peut-être un peu dans le style exclamatif et flamboyant- mais pas dans son approche du sens possible de la vie.

lundi 4 novembre 2013

"à mes ennemis ce poignard" (Liam O'Flaherty)

Il y a quelques mois, j'ai acheté ce livre, à cause de son titre et de son éditeur, hélas disparu  : "Le Serpent à Plumes", qui débuta, courageusement, par la publication de nouvelles d'une grande qualité littéraire, à la présentation fort originale (très beau papier, cahiers non reliés dans pochette plastique) dont je possède la collection complète. Je ne vais pas m'étendre sur la disparition de cette revue, qui m'a fort affectée, comme bien d'autres revues littéraires ("L'autre journal", par exemple), mais celle-ci avait le parti pris de promouvoir la nouvelle comme genre littéraire à part entière -ce que vient de faire le prix Nobel de la littérature avec son attribution à Alice Munro, nouvelliste- bref, je digresse, je digresse, ce qui est totalement contraire à l'essence même de la nouvelle. La dernière digression que je m'autorise c'est que mon premier texte publié était une nouvelle dans une revue, elle aussi disparue bien sûr ("Taille Réelle"), dédiée à ce genre. J'arrête là les digressions, sinon, une fois lancée sur le thème de la nouvelle et de son triste sort en France, je peux devenir intarissable et donc : emmerdante.
Revenons donc à ce "roman" (titre de cet article) dont l'auteur est comparé à Céline, ce qui, pour moi, n'est pas une référence et peut même être complètement rédhibitoire -j'entends, d'ici, les hurlements de ses adorateurs, mais je m'en fous- et, pour tout vous dire, je ne comprenais pas ma difficulté à avancer dans cette lecture, quoi que ce narcissisme exacerbé, cette auto-flagellation complaisante me soient assez pénibles jusqu'au moment où (page 241) je tombe (littéralement) sur ce passage avec lequel je suis à peu près d'accord dans un premier temps : "... qu'est-ce que l'instinct créateur sinon une forme de démence, un déséquilibre de l'organisme physique; dû, vraisemblablement à un "manque" quelconque dans cet organisme, plutôt qu'à la présence d'une qualité que ne posséderait pas l'homme ordinaire." -puis, totalement horrifiée par la suite- : " quant aux femmes, je leur dénie cet instinct créateur, sinon dans la mesure où elles éprouvent le besoin de créer des enfants. Et ce besoin résulte en soi d'un "manque" dans leur constitution."
No comment (je suis bien trop en colère, indignée, révoltée).